
Je vous laisse apprécier au passage la grandeur de Harm (2m02) et la petitesse de l’avion. Nous montons, nos sommes moins de 15 à bord. Nous nous asseyons tout devant. Je demande au pilote si je peux prendre des photos, pas de soucis !!

Photo prise depuis mon siège et sans zoom.
Harm est trop grand et il est impossible de fermer la porte qui sépare la cabine de pilotage des passagers, ses genoux gênant. Le vol se passe sans encombre, et nous atterrissons à Maro. J’en profite pour prendre une photo de l’appareil vide.


Je rentre dans l’immense aérogare internationale et je me retourne pour prendre encore une photo du déchargement. Une dame avec l’indication « Sécurité » sur son gilet m’interpelle : « Non Madame, vous n’êtes pas autorisée à prendre de photos » … sans commentaires. En attendant nos bagages, Harm remarque un panneau que je n’avais pas vu jusqu’à présent :

Retenez bien le numéro de téléphone, ça pourrait vous servir si un jour vous décidez de venir à Maro.





Vendredi après-midi, samedi matin, travail. Le reste du week-end se passe tranquillement et le lundi matin, départ pour la brousse. Mon sac à dos est chargé à bloc, moustiquaire, grand imperméable Medair, bouteille d’eau, biscuits, vêtements, brosse à ongles, savon, chaussures de marche…je suis parée. Nous partons vers 10h, direction Antakotako, Sahambatra, Sakatihina et Somisika. Sur le chemin pour aller à la pirogue je demande à Pépé, le conducteur : « Combien de temps pour aller à Somisika ? » « Trois heures » Ok.

La pirogue compte 14 passagers, 26 sacs de ciment, nos affaires, et du riz pour une équipe pendant deux semaines en brousse. On est très lourd, le niveau de l’eau est à peine à 10cm du rebord de la pirogue. Au bout de pas mal de temps on arrive enfin à Antakotako, première escale. On descend les sacs de ciment, petite pause et on repart. Deuxième et troisième escale, nous arrivons enfin à Somisika, je suis fatiguée, j’ai mal à la tête par manque de nourriture et d’eau, les fesses en marmelade (pas en compotes, pire, en marmelade), nous avons fait plus de 5 heures de pirogue, assis sur des planches en bois. 3 heures pour aller à Somisika… je savais déjà que les malgaches et les vazaha n’ont pas tout à fait le même sens de l’orientation ni la même utilisation des chiffres. Il y a l’heure vazaha et l’heure malgache. 5km malgaches en valent 10 vazahas … Mais il s’avère qu’il avait raison, 3 heures de pirogue pour rejoindre Somisika…mais pas à marée basse ni pour une pirogue chargée comme l’était la nôtre….ok, note pour la prochaine fois, être plus précise dans mes questions. Pour les malgaches, une question est une question. Il n’y a pas d’extension de pensée ni de traduction à faire. Ils sont logiques. Quand tu demandes combien de temps pour un trajet, ils te le donnent. Mais si tu tiens comptes de certains paramètres qui te semblent évidents et sous entendus, ça ne l’est que pour toi. C’est pareil pour la langue malgache. C’est logique. Les nuances de couleurs n’existent pas, marron, c’est couleur chocolat (volo sokolate), et le brun n’existe pas. Le rose c’est du petit rouge (maina kely). Une fourchette est une cuillère déchirée et un avion une voiture qui vole (fiara manidina).







Nous allons d’abord voir le chef du Fokontany, c’est une marque de respect, il faut toujours se présenter en premier lieu au chef du Fokontany quand on arrive dans un village. Le Fokontany c’est le bureau de subdivision de la commune, un peu le bureau de gestion du village ou d’un quartier. J’apprends que c’est là que je vais passer la nuit. Nous faisons un rapide tour du village avec le responsable des usagers de l’eau et nous inspectons des pompes. La première est fonctionnelle et bien utilisée par les habitants du village. La seconde est plus difficile d’utilisation, et cela pose problème. Elle n’est pas très souple à manipuler, disons qu’elle pourrait servir en même temps de banc de musculation….Ensuite nous avons vu 3 trous qui ont été creusés sans succès. Il n’y a pas d’eau à 8m de profondeur ou très peu, pas de quoi faire un forage et une pompe. Le soir nous prenons le repas chez le chef du Fokontany et Célestin me dit qu’une réunion doit avoir lieu avec le responsable des usagers de l’eau ainsi qu’avec les membres de la communauté le lendemain matin vers 6h. Pas de problème, je serais là. Il y en a un qui me charrie en me disant : « Pas de grâce matinée pour vous ! » J’apprécie, les malgaches sont toujours très discrets, parlent peu et osent encore moins plaisanter avec un vazaha. A table nous avons des morceaux de porc et sa graisse, c’est-à-dire un peu de viande entourée de pas mal de graisse, du riz, des brèdes ou feuilles de manioc, je n’arrive toujours pas à faire la différence, en particulier quand c’est coupé en petits morceaux et baigné dans son bouillon, et le ranomapango (eau de cuisson du riz). Le soir après le repas j’ai demandé où se situaient les latrines et l’endroit ou je pourrais me laver. Juliette, qui est la femme de maison du chef Fokontany, me montre une petite cabane après l’enclos des oies. Je traverse l’enclos, plein de boue et de défections d’oies et j’arrive aux latrines, il s’agit un abri de bambou recouvrant un trou fait dans des planches au milieu desquelles se trouve un trou. Je vais ensuite voir le coin « douche ». Un recoin derrière la case de Juliette, à l’air libre, à moitié caché par quelques arbres, pour préserver un semblant d’intimité. Je ne suis pas extrêmement pudique, mais là quand même…je suis un peu gênée. Elle m’apporte de l’eau et un tabouret, je m’empare de mon savon et de ma serviette. L’endroit n’est pas des plus hygiéniques et je me demande si l’odeur vient des oies qui sont juste à côté ou si ce coin cabinet de toilette sert aussi de latrines. Après une toilette plus que succincte, l’endroit ne donnant pas vraiment envie de passer des heures à se pomponner, pas de possibilités pour poser ses vêtements, sol bouillasseux pour rester polie, je vais dormir, sur un matelas en mousse posé sur des nattes à même le sol dans le « salon » de la maison. Compte tenu de l’environnement le matelas en mousse est inespéré, je me change, me faufile dans mon duvet et je m’endors partiellement. Je ne dors pas très bien, réveillée tantôt par les oies, animal diurne et nocturne d’après ce que je constate, tantôt par les moustiques, eh oui, si le matelas était confortable, pas d’endroit où accrocher la moustiquaire (Ste Doxycycline, protège-moi ! D’autant qu’à la fin de ma mission je ne compte plus les piqûres, dont certaines se sont infectées…).



Réveillée vers 5 heures, je me lève et je retourne « visiter » les latrines et la « douche ». Ensuite Célestin arrive et nous partons vers le centre du village. Les gens arrivent peu de temps après, je commence à prendre des photos, je vois que les enfants sont intrigués. Je vais pour leur montrer mes photos mais ils reculent, impressionnés voire effrayés par la vazaha que je suis. Il faut savoir que dans les histoires malgaches les vazaha sont connus pour manger les enfants malgaches. Ou voler les organes des malgaches. Peut-être y a-t-il eu un peu de vrai un jour ? Toujours est-il que cela est resté et que quand les enfants ne sont pas sages il parait que certains parents malgaches menacent leurs enfants de faire venir le vazaha…Nous avons même eu un problème lors d’une sensibilisation à l’hygiène, pendant laquelle une de nos équipes a eu du mal à accéder à la population d’un village, un des membres ayant dit que Medair était là pour voler les organes. Nos équipes ont eu du mal à les convaincre du contraire. Bref, voyant que les petits avaient peur de moi j’ai passé mon appareil à un membre de l’équipe pour qu’il montre la photo. Ils ont crié d’excitation et la réunion a commencé peu après. Le chef du Fokontany a commencé à parler, ensuite Célestin, et puis le chef des usagers de l’eau et il y a eu pas mal d’échanges entre eux, sous l’oreille attentive de l’assemblée.







Les villageois sont découragés par le manque de succès dans les forages. La motivation a disparu, d’autant qu’il n’y a à l’heure actuelle pas d’autre solution possible. Le système gravitaire ne peut être envisagé pour ce village car la source d’eau n’est pas au bon endroit et la montagne n’est pas assez proche. Célestin a tenté de remotiver les troupes, je ne sais pas si cela a marché. D’après ce que j’ai compris il va y avoir des rituels dans le village pour demander à l’eau d’être là lors des prochains essais, il y aurait certaines parties du village qui ne seraient pas propices aux bonnes ondes. Le découragement des villageois est compréhensible, ils ont travaillé dur pour aider nos équipes durant les forages et rien de bon n’est arrivé. Nous avons ensuite pris le petit déjeuner chef le chef du Fokontany, riz, ranomapango, et brèdes ou feuilles de manioc. Après le petit déjeuner, direction le huitième point de forage du village, j’espère que cette fois cela fonctionnera. Je crible de photos ce forage dont je n’étais pas bien sûre d’avoir compris la marche à suivre et j’assiste à un nouvel échec. Pas d’eau ici non plus.





Nous repartons sur Antakotako en pirogue, où je dois rejoindre l’équipe de la promotion à l’hygiène et Claudel, qui me montrera le système gravitaire. (mais c’est quoi ce truc ??? j’y viens, j’y viens…) Nous nous présentons au chef du Fokontany et je pose mes affaires dans la chambre qui m’est réservée. Le lit est petit, je ne peux pas étendre mes jambes complètement et est constitué de bois et de paille. Un peu dur le lit mais ça ne me dérange pas, l’accueil est toujours sympathique.





On apprend que le chef du Fokontany est en haut dans la montagne au système gravitaire. Nous partons là bas pour le rejoindre et en même temps découvrir cette bête curieuse. On y retrouve Claudel et pas mal de membres du village en train de travailler d’arrache pied. Je ne saurais dire combien de villageois sont là. Toujours est-il que c’est impressionnant de savoir que tout le sable et le ciment nécessaires ont été montés jusque là à dos d’homme, par une chaleur moite assez étouffante, et par des chemins escarpés. Mais le système est en cours de création et tout le monde s’affaire. Claudel m’explique que l’eau captée de la source est redirigée par tuyaux dans un bassin en béton où l’eau sera d’abord filtrée par des cailloux et gravillons pour enlever le plus gros, les petits morceaux de branches, les feuilles. Ensuite l’eau passe par divers bassins de sable où elle sera filtrée naturellement et au bout de ces bassins, celui où l’eau qui s’y versera sera pure de tout microbe. Cette eau sera ensuite envoyée dans un réservoir par tuyaux, réservoir en béton fermé hermétiquement et sain de tout microbe. L’eau du réservoir est ensuite déversée dans 4 pompes relais qui elles mêmes seront le relais pour les 22 bornes fontaines que nécessite le village. Nous redescendons ensuite au village pour le repas. Riz, zébu (je suppose…), achards de concombre, feuilles de manioc ou brèdes, ranomapango.




L’après midi j’assiste à la sensibilisation sur l’hygiène alimentaire et environnementale avec Saholy, Bonnin et Oswald. Nous attendons pas mal de temps avant que les femmes arrivent. C’est normalement une sensibilisation pour les femmes, mais les hommes viendront aussi pour écouter. En attendant que tout le monde arrive je parle avec Saholy sur les traditions malgaches. J’apprends que la couleur des vêtements importe peu, qu’un garçon peut très bien porter du rose (un bébé en rose pour un garçons moi ça me fait drôle, comme quoi on est conditionné sur bien des choses..), qu’on ne mettra pas de couche ni de culotte à un nouveau né avant l’âge de trois mois, il y a une légende derrière tout ça mais elle ne sait pas laquelle, et que les motifs des tresses ne signifient rien sauf dans la région de Fianarantsoa où deux rangées latérales signifient que la jeune fille est encore célibataire et huit signifient que c’est une femme mariée.



Je commence à faire des photos du village. Un groupe de petites filles me scrutent. Et rigolent. Je les prends en photos et je tente de leur montrer, elles s’approchent, n’ont pas plus peur que cela. Je ne sais pas si c’est leur excitation qui fait qu’elles bravent leur appréhension ou si elles ont moins peur des vazaha que les autres. Toujours est-il qu’elles crient et s’esclaffent en se voyant et restent toujours là à me scruter, et quand une de leur copine les rejoint, le même manège recommence, je les prends à nouveau en photo et de nouveau elles crient et s’esclaffent.





Après une lon-on-on-on-on-on-on-gue attente les gens du village arrivent et l’équipe HEP commence son travail. Qu’est ce que c’est ? De la crotte. Et ça ? Une mouche. Qu’est ce qui peut les relier ? Des microbes. Combien de virus, de microbes existe-t-il ? Les gens répondent, sont intéressés, participent. A la fin, remerciements de notre équipe, du chef du Fokontany, et un monsieur se lève, se met au milieu de la foule et me parle directement. Il remercie en français notre présence dans leur village, pour tout ce qu’on leur apporte et apprécie ma venue. Ça c’est une retraduction car son français était plus que limité, j’aurais aimé pourvoir enregistrer ce qu’il a dit, mais j’écoutais son discours. J’ai été très touchée par son geste, en général si un malgache a un message à faire passer il demande à un membre de notre équipe de traduire. Si la sensibilisation a commencé tard, elle se termine tard aussi avec l’appel de tous les inscrits pour vérifier la présence des gens et évaluer l’impact des sensibilisations et la fréquence de la présence des inscrits. Saholy a du appeler environ 200 noms, elle a terminé à la lampe de poche. Il y avait beaucoup de monde, mais moins qu’aux séances précédentes. C’est toujours un peu compliqué d’évaluer pourquoi. Le mardi avait été choisi pour cette sensibilisation car le mardi, personne n’est dans les rizières, ni le jeudi, c’est fady (tabou).



Diner chez le chef du Fokontany, riz, brèdes ou feuilles de manioc, omelette (fiou, quel luxe !), ranomapango et dodo. J’entends des petits chanter de bon cœur plusieurs chants, ils doivent répéter quelque chose, il faut que je demande quoi à Saholy demain matin. Le soir je me dirige vers les latrines locales, cette fois c’est mieux, c’est une petite maison en bambou, avec un plancher plus solide et un trou fermé par une planche, que l’on replace après pour éviter la propagation des odeurs…c’est relatif mais bien pensé. Je me dirige vers la « douche », la préservation de l’intimité est là aussi relative. Je me dis qu’avec la pénombre, je serais moins repérable, n’ayant pas de lambahony (paréo local) c’est difficile de se dénuder à la vue de tout le monde pour faire sa toilette. Et là oh surprise, il y a déjà une femme qui occupe les lieux, elle est en train d’uriner…ok, je vais faire l’impasse je crois. Je vais donc me coucher telle qu’elle. (Chaleur humide toute la journée, soleil de plomb….je ne vous fais pas de dessins) Le lendemain je prends mon courage à deux mains, je retourne à la douche, la femme du chef du Fokontany m’apporte un autre seau avec de l’eau et là aussi je fais le strict minimum.
Je pars avec Saholy, il est environ 6h30 quand nous arrivons à Ampanobe, petit village à un peu plus d’un kilomètre d’Antakotako. (Cette fois nous avions les mêmes kilomètres). En chemin nous discutons avec Saholy et nous parlons du fait que les malgaches marchent beaucoup. Beaucoup trop me dit elle, certains parcourent jusqu’à 50km par jour, et pas en loisir, bien sûr. Je lui pose la question pour les enfants, effectivement il va y avoir un évènement dans le village et tout le monde participera. Arrivées à Ampanobe nous attendons un peu et un des villageois sonne l’appel au moyen d’un énorme coquillage sorti de je ne sais où. Mais ça marche, les gens arrivent.








Cette fois la sensibilisation porte sur l’importance d’utiliser des latrines. De vraies latrines, avec double fosse. Les gens une fois encore écoutent et participent. Mais sur la fin on sentait nettement qu’ils commençaient à se lasser et à vouloir partir aux rizières.

Nous rentrons et je vois Claudel qui devait rentrer sur Maro. Je lui demande si je peux venir avec lui à moto pour rentrer de bonne heure, car j’avais vu tout ce que j’avais à voir et je voulais éviter à Clément un déplacement juste pour venir me chercher. Justement, on le croise presque arrivés, on se fait signe et je pense qu’il m’a reconnue, et il continue sa route. Nous voulions nous arrêter mais le temps de s’arrêter et de se retourner il était déjà parti, il devait sûrement avoir une autre course à faire en même temps à Antakotako. On arrive au passage du bac et des hommes chargent la moto sur la pirogue, en bois celle là, et la callent avec des bouts de bois, nous traversons le lit de la rivière. Nous arrivons au bureau et là j’apprends que Clément allait à Antakotako juste pour me chercher….aïe, moi qui voulais lui éviter un déplacement inutile c’est raté et en plus il n’a pas compris que c’était moi derrière Claudel…. Il a cru que c’était une de mes collègues, et que Claudel ne voulait pas s’arrêter pour papoter, alors qu’en fait on a eu juste un peu de mal à freiner rapidement, Claudel me dira en début d’après midi que les freins sont à régler, ah ok…je comprends mieux. Ces deux jours et demi ont été intenses, pas toujours faciles mais très intéressants. L’hygiène est un point plus que sensible à Madagascar et il y a fort à faire. Il faut surtout parer au plus urgent avec les moyens du bord, le reste viendra un jour peut être. Les conditions pour améliorer leur niveau de vie sont souvent rudes, outre le climat il faut jongler avec l’isolement, la différence de culture, les saisons. A Maro on dit qu’il y a la saison cyclonique, la saison pluvieuse, l’hiver et la saison des pluies. J’entends parfois que les malgaches sont feignants. Moi j’ai croisé plus souvent des galériens qu’autre chose, des gens attachés à leur terre et à leurs traditions, et qui souhaitent que les choses changent et s’améliorent. Mais par où commencer ? Et avec quels moyens ? En tout cas la tâche est vaste, c’est plus qu’un challenge et j’espère qu’un jour ces gens pourront avoir une hygiène de vie digne de ce nom. Et des conditions de vie meilleures. Des conditions de vie tout court d’ailleurs.

1 commentaire:
Hello, super de te lire! Je vois que les choses avancent bien! Allez, tout de bon!
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